Le problème de l’irradiation des femmes à risques aux faibles doses

Depuis les travaux du radiobiologiste Nicolas Foray (voir références au bas de l’article), nous savons que des doses faibles d’irradiation, voire très faibles, peuvent conduire à des cancers radio-induits par défaut de réparation des cassures double brin de l’ADN , et que ceci conduit certains sujets prédisposés génétiquement à un risque de cancer 10 fois plus élevé que ceux dits radiorésistants.

Nous ne sommes pas égaux devant les radiations.

 

les notions de radiosensibilité et de radio-susceptibilité.

 

La radiosensiblité induit :

  • une toxicité et des réactions sur les tissus
  • la mort cellulaire
  • concerne les fortes doses

 

La radio-susceptibilité est liée à :

  • la carcinogénèse
  • aux mutations
  • aux transformations cellulaires
  • concerne les fortes et faibles doses

 

Les réparations des brins d’ADN :

  • Dans le cas de la radio-sensibilité, se fait par suture (les brins d’ADN sont « recollés »)
  • Dans le cas de la radio-susceptibilité, elle se fait par recombinaison, le brin d’ADN brisé reçoit en quelque sorte un « patch » prélevé sur d’autres cellules ; l’organisme casse d’autres brins d’autres cellules pour fabriquer une « rustine » aux premiers brins cassés, la première cellule sera donc mal réparée, mais en plus, entre temps, les autres cellules lésées afin de réparer la première vont subir le même phénomène, qui s’amplifie ainsi à l’infini et produit une multitude de cellules lésées.

 

Chez les mammifères, en général le processus de réparation se fait par le mécanisme de « suture ».

C’est chez les personnes prédisposées au cancer que l’on trouve des gènes qui prédisposent au mécanisme de réparation par recombinaison.

 

La protéine ATM

 

La protéine ATM une protéine de réparation, elle est présente dans le cytoplasme. Que se passe-t-il après irradiation ?

Cette protéine va passer du cytoplasme au noyau.

Comment ?

Cette protéine est un dimère, lors de l’altération par le rayonnement elle devient deux monomères, qui ont le pouvoir de passer, étant plus petits, dans le noyau, et là peuvent déclencher la réparation des brins.

Ces monomères vont activer la réparation par suture et inhiber le phénomène de recombinaison.

 

 

Les groupes de personnes selon la sensibilité aux rayons.

 

Le groupe I :

  • Il est dit radio-résistant
  • 75 à 85% de la population
  • à ATM rapide, effectuant vite la réparation, par « suture »
  • faible risque de cancer

 

Le groupe III :

  • aux alentours de 1% de la population
  • ATM mutée
  • il est à très haut risque de cancer

 

Entre les deux, le groupe II :

  • 5 à 20% de la population
  • ATM lent
  • ce sont des sujets radio-sensibles et/ou radio-susceptibles, chez lesquels se produit essentiellement le processus de recombinaison lors des réparations cellulaires.

 

Les sujets BCRA1 et BCRA2, gènes prédisposant à la survenue d’un cancer du sein  font partie du groupe de sujets II. Ces personnes radio-susceptibles font davantage d’ hyper-recombinaisons. Chez elles, une seule cassure peut en entrainer une centaine.

 

 

Quelle est l’influence des faibles doses :

 

Leur influence dépend du tissu et du groupe de sujets.

Mais c’est important à savoir.

En effet, lorsqu’on effectue deux incidences mammographiques à la file sur un même sein, d’abord l’incidence de face, et ensuite l’incidence de profil, chaque incidence de mammographies délivre en théorie 2 mGray chacune, avec un espacement dans le temps de seulement 3 minutes (le temps de re-disposer la patiente après l’incidence de face, et tourner le tube pour réaliser l’incidence oblique p.ex.) .

Mais l’effet cellulaire n’équivaut pas à celui de 2mGy + 2mGy , dans ce laps de temps trop court, l’ADN ne sera pas réparé du tout.

Il n’y aura pas dans ce cas de sommation de doses qui pourrait entraîner une signal d’une importance suffisante pour alerter la protéine de réparation ; ici le signal de cassure est insuffisant et le laps de temps trop court pour stimuler la protéine ATM , donc il n’y aura aucune réparation, et cela pour tous les groupes de sujets, laissant ainsi des cellules lésées non réparées.

Le protocole 2mGy+3min+2mGy est d’autant plus dangereux pour les femmes de groupe 2 (avec ATM lent) ; le temps entre les 2 clichés devrait être de 1/2h…  .

Comme nous l’avons vu plus haut, ces personnes radio-susceptibles font davantage d’ hyper-recombinaisons. Chez elles, une seule cassure peut en entrainer une centaine.

La mammographie utilise en outre des rayonnements à faible énergie, qui entraînent des cassures d’ADN moins nombreuses, mais plus importantes.

Le risque radique est donc majoré chez les femmes entre 18-35 ans , surtout si elles ne savent pas qu’elles sont d’un groupe comportant une importante radio-susceptibilité et sont soumises à de nombreux examens.

 

L’étude MyPEBS

 

Ce qui nous intéresse spécifiquement ici pour cette étude, c’est que des femmes jeunes, dès 40 ans vont être intégrées dans le groupe d’étude. Comme vous pouvez voir sur les deux tableaux issus du « synopsis de l’étude », dans les groupes à risque élevé, des mammographies annuelles vont être proposées aux femmes à risque élevé et très élevé dès 40 ans.

Nous émettons une grande inquiétude sur le fait que le protocole d’étude ne prend nullement en compte le problème des faibles doses inhérent à la mammographie, additionné au fait que la mammographie utilise du rayonnement dit de faible énergie, lequel induit certes moins de cassures ADN, mais plus importantes que le rayon à haute énergie.

Nous nous alarmons sur la responsabilité et sur l’éthique d’enrôler des femmes jeunes, de 40 ans, à risque élevé ou très élevé, sans s’être assuré qu’elle sont ou non d’un groupe à radio-sensibilité élevé, destinées à être exposées dans le bras « dépistage hiérarchisé sur le risque » à des mammographies annuelles.

 

 

Références :

 

  • Perez A.F. et col, Les faibles doses de radiations : vers une nouvelle lecture de l’évaluation de risque, Bull.Cancer, 2015 .
  • Nicolas Foray, Catherine Colin et Michel Bourguignon , Radiosensibilité : L’évidence d’un facteur individuel, Médecine/sciences 2013 ; 29 : 397-403.
  • Lire aussi :

https://www.cancer-rose.fr/mammographies-et-radiosensiblite/

https://www.cancer-rose.fr/test-predictif-des-reactions-a-la-radiotherapie-des-femmes-en-grand-danger/

 

 

Auteur de l’article : Cancer-Rose

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